Difficile à évoquer avec ses propres enfants, la construction de la sexualité infantile est pourtant la préhistoire de la sexualité adulte pour reprendre les propos du psychiatre Marcel Rufo. Nous n’en gardons aucun souvenir ou très peu mais elle a pourtant existé. Dans les paragraphes suivants, nous allons voir qu’être parent, c’est tout simplement s’adapter au développement de son enfant plutôt que de lui imposer un cadre défini. Il faut tenter d’être témoin sans être intrusif, conseiller sans jouer au bon copain.
Les différents stades de développement selon la théorie freudienne
Le stade oral correspond à la première année du nourrisson. La zone érogène est constituée par la bouche. L’enfant se satisfait du plaisir avec son propre corps dans le réflexe de succion du sein maternel, d’une tétine ou de son pouce. Le lien avec la mère est prédominant après la naissance. L’enfant est sensible à la voix de sa mère, son rythme, son attitude et intègre ce qu’elle dit, qu’elle s’adresse à lui ou à son entourage. En cas de dysfonctionnement, certaines pathologies comme des troubles du sommeil ou de l’alimentation peuvent être observés. Beaucoup d’adultes soignés pour des troubles de l’appétit avaient comblé leurs manques affectifs par le plaisir de succion dans leur enfance.
Le stade anal est observé de la deuxième à la troisième année de la vie de l’enfant. La zone érogène est alors la muqueuse anale. L’enfant choisit de retenir ses selles ou de se libérer. On peut expliquer les problèmes de constipation à l’âge adulte par une stagnation à ce stade dans l’enfance.
Le stade phallique entre en scène durant les quatrième et cinquième année. C’est le début de la masturbation infantile bien souvent réprimandée par les parents qui ont simplement intérêt à inviter l’enfant à se protéger du regard des adultes, parents compris. Aux jeux masturbatoires s’ajoute un besoin de découverte du corps de l’autre (entre pairs) du même sexe ou du sexe opposé notamment lors du bain.
Cette phase est caractérisée par le début du complexe d’Œdipe, cet attachement du petit garçon pour sa mère avec rejet du père et inversement pour la petite fille. Les parents doivent être affectueux tout en sachant mettre suffisamment de distance pour que l’enfant reste bien à sa place d’enfant particulièrement si l’un des deux parent est célibataire à cette période.
Les six ou sept premières années sont donc marquées par des pulsions, des désirs de découverte de son corps et de son sexe, une découverte du plaisir. A partir de l’entrée à l’école primaire tout change. L’enfant entre dans une période de latence qui va durer jusqu’à la puberté. Cette période est caractérisé par l’oubli des périodes antérieures : l’amnésie infantile que je vous expliquerai plus bas. Durant cette période de latence, on assiste à une séparations des sexes dans la cour d’école. L’un comme l’autre revendique son appartenance notamment en souhaitant porter tel ou tel type de vêtement. C’est l’âge où les filles aiment se retrouver entre elles pour échanger des secrets. Elles sont plus attentives, plus concentrées, meilleures analystes. Les garçons quant à eux, sont plus physiques, plus synthétiques et passionnés par les récits de guerres. Ils s’exercent à des jeux collectifs en ne s’intéressant aux filles que pour les attaquer ou les capturer. Jusque dans les années 60 on trouvait des écoles de « filles » et de « garçons », aujourd’hui nous ne voulons même plus différencier les toilettes par du bleu ou du rose, nous pouvons nous demander si les prédécesseurs des responsables de l’Education nationale n’avaient pas mieux intégré ce qu’est une phase de latence.
Enfin, la période de latence est aussi une période de grande sociabilisation. On rencontre une grande amitié, souvent du même sexe puis le lendemain on n’est plus ami. On s’aime dans la cour d’école et on se déteste le lendemain. On découvre les rapports humains et on apprend à supporter le rejet, à se remettre en question pour supporter ensuite l’adolescence qui arrive en ne devenant pas un être complexé et replié sur lui-même qui met de côté tout lien social par peur de la séparation. Les amitiés et les amours se perdent parfois, c’est la vie.
Le reset des enfants
Tous les enfants oublient ce qui s’est passé au cours des 6 premières années de leur vie. Demandez à votre enfant de 8 ans de se rappeler de tel ou tel évènement alors que vous en parliez régulièrement et vous verrez qu’il n’a pas de souvenir hormis celui que vous cherchez à induire. Il ne s’agit pas d’un problème fonctionnel, mais sachez que tout ce qui attrait au désir, au plaisir, à la sexualité infantile est refoulé dans l’inconscient. Ces souvenirs ne reviendront pas si ce n’est sous forme de rêves, de cauchemars et parfois de symptômes. Le cerveau est bien fait car tout ce qui est insupportable ou nocif pour notre bien être est soigneusement rangé dans notre inconscient pour nous permettre de nous développer sans être parasité par des souvenirs d’actes interdits ou la culpabilité de gestes entre enfants jugés inappropriés par les adultes.
On pourrait dire de la sexualité que pour avoir un avenir serein, il faudrait qu’elle n’ait pas de passé. Cela permet de rêver, de se construire un imaginaire, véritable combustible à notre intimité.
L’identification sexuée
L’éducation, le lien social ont leur importance dans notre identification sexuée. Les parents sont les référents essentiels dans la construction de l’enfant mais les modèles identificatoires vont se diversifier avec le temps. Ainsi vous constaterez que votre enfant va employer les mêmes expressions que papi, qu’il va répéter ce que chante la copine, employer le vocabulaire de nounou…
Pour pouvoir s’approprier son sexe, il faut pouvoir s’identifier aux deux sexes. On n’est jamais 100% fille ou 100% garçon. On trouve chez ses parents sa part de féminité et sa part de masculinité.
En cas de divorce, l’enfant a tendance à s’identifier au parent qui est seul et fragile. Dans l’idéal, il vaut mieux que les parents refassent leur vie pour que l’enfant évite de « fusionner » avec le parent seul.
Le professeur Rufo est très sceptique concernant le mode de garde alternée à la mode depuis plusieurs années. Selon lui, les enfants ont besoin de leurs deux parents mais d’ une seule habitation sinon leur processus identificatoire risque d’être mis à mal. Un droit de visite élargi ou un système de garde avec des périodes plus longues et plus fixes comme un an chacun pourrait être plus adapté.
Aujourd’hui nous parlons beaucoup de trouble de l’identification pourtant l’ambiguïté sexuelle ou trouble de la différenciation sexuelle est très rare. La coexistence d’organes de reproduction des deux sexes à la naissance caractérise ce que l’on appelle l’hermaphrodisme (environ 1.7% des naissances mondiales). Le transsexualisme en revanche, est un véritable trouble de l’identité sexuée (identité de genre). C’est le fait de ressentir un décalage entre sexe psychologique et anatomique. On ne connait pas les causes exactes de ce trouble d’origine psychologique ou hormonal ou les deux mélangés. Le plus souvent, il se manifeste au moment de l’adolescence et c’est source de souffrance. Pendant l’enfance, l’individu espère qu’un changement de sexe va s’opérer par miracle. Au moment de la puberté, il comprend que ça n’arrivera pas et que la nature ne corrigera rien. A l’âge adulte, seul un petit nombre présentera des symptômes correspondant au transexualisme et les 3/4 deviendront homosexuels ou bisexuels sans aucun trouble de l’identité de genre. Un seul quart envisagera la transformation chirurgicale pour permettre de se reconnaître. Attention aux doutes à l’adolescence qui correspondent simplement à des complexes.
Enfance et scène pornographique
Les parents ont une fâcheuse tendance à laisser les enfants devant la télévision, les jeux vidéos, leur téléphone, pour être tranquilles ou pour faire plaisir. Rares sont ceux qui prennent le temps de regarder en même temps que l’enfant. Il se peut qu’un contenu à caractère pornographique tombe par inadvertance sous les yeux de l’enfant à ce moment-là. Comment réagir si ça arrive ? Pas de panique.
- Avant 6 ans. Je vous expliquais que l’amnésie infantile va vous aider, à condition que la scène ne se reproduise pas et que vous passiez à autre chose rapidement. On prend un livre, on lit une belle histoire à l’enfant, on passe à autre chose et on ne reparle pas des images qui peuvent être vécues comme une agression pour éviter d’ancrer le traumatisme dans l’inconscient. Si l’enfant se met à avoir des comportements inapropriés en public, il faudra l’emmener consulter et discuter avec lui de ce qu’est une relation amoureuse en gardant une certaine pudeur de la sexualité des adultes. Les enfants témoins de ce genre de films, donnent parfois l’impression d’avoir subis des abus sexuels tellement les images peuvent être agressives pour leur cerveau.
- Pendant la période de latence, il faudra parler des images. Expliquer que ce n’est pas la vraie vie, qu’il y a un excès de violence éloigné du modèle amoureux classique et que ces visionnages sont interdits aux moins de 18 ans pour la bonne cause.
- A l’adolescence, on évite tout commentaire et on quitte la pièce dans l’hypothèse où on n’a pris la peine de préparer son ado en amont à tous les changements qui doivent survenir au moment de la puberté.
Attention : si l’enfant vous surprend en plein ébat, la scène est également pornographique.
La pudeur
Même si nous n’en avons pas forcément de souvenirs, le jeu du docteur a certainement bercé notre enfance. Vers 4 ou 5 ans les enfants veulent connaître leur corps et affirmer leur sexe. S’ils s’enferment dans une chambre (enfants du même âge ou presque) pour jouer à ce jeu c’est qu’ils devinent la désapprobation des parents. C’est un signe d’appropriation de leur corps mais aussi une première affirmation de pudeur. Si on surprend son ou ses enfants à s’adonner à cette exploration, ne faites pas de commentaires, vous auriez peut-être dû frapper avant d’entrer. Il n’y a aucune perversion dans cette pratique, ce sont les interprétations des adultes qui sont malsaines. Un petit garçon de cet âge ne risque pas de déflorer une petite fille et une petite fille ne va pas faire mal au garçon. L’exploration entre enfants de même sexe est fréquente également et ne traduit aucunement une homosexualité future.
Un enfant doit apprendre à s’approprier son corps pour le préserver d’autrui. La masturbation infantile existe et c’est même une étape importante du développement intime et une sorte de ligne de départ à la future activité sexuelle. Le petit bébé commence par le temps de l’allaitement, il apprends à aimer les caresses involontaires que les adultes lui prodiguent au moment des soins et ensuite il explore son corps vers 3 ans. Il part à la conquête de son identité sexuelle. Notons que cette activité doit se pratiquer à l’abri des regards. Aux parents de l’inviter à se cacher, à lui apprendre à se laver seul les parties intimes, à ne pas se promener tout nu dans la maison ou sur la plage.
Lorsqu’un enfant continue à se masturber en public alors qu’on lui a expliqué, il s’agit du symptôme d’un malaise. Peut-être une difficulté à trouver sa place ou un trouble de l’identité. Nous sommes parfois confrontés à des situations délicates où il est difficile de savoir si un enfant n’a pas subi des abus, s’il a regardé des images pornographiques traumatisantes ou s’il fantasme. Au même titre que les adultes, nos enfants ont des fantasmes. Il s’agit de scénarios mettant en scènes des désirs inconscients. Si vous discutez avec votre enfant vous verrez qu’il a plein d’histoires à raconter sur ses copains d’école. Entre ceux qui s’inventent des parents plus prestigieux, un parent mort, un château familial, des médailles, une pauvreté,…Difficile de démêler le vrai du faux quand un enfant dénonce une situation délicate. Veiller à confier les enfants à des personnes de confiance est une première étape, ensuite il faut déjà se demander si notre enfant n’a pas une fâcheuse tendance à l’affabulation, demander des détails car l’enfant qui ment se contredira dans ses propos.
S’il continue à se montrer nu après 7 ans, il cherche probablement à « séduire » ses parents ou les adultes devant qui il le fait. Cherchez à le rassurer en lui disant qu’il ou elle est très mignon/one mais que ses parties intimes lui appartiennent et ne doivent pas être exhibées. On peut profiter de cet instant pour expliquer que certains adultes peuvent être mal attentionnés, que si quelqu’un cherchait à toucher l’enfant il est nécessaire de se confier dès que possible à ses parents ou à un adulte de confiance.
En ce qui concerne la douche ou le bain, l’enfant se lavera seul quand il sera prêt mais vous pouvez l’inviter à savonner ses parties intimes seul à partir de 3 ans. Vous superviserez jusqu’à ce que l’enfant émette le souhait de tout faire seul. En revanche, prendre un bain avec son enfant après l’âge de 3 ans ne semble pas approprié. C’est une petite surface, plutôt intime et si vous souhaitez partager ce moment, faites le avec un maillot de bain.
Si l’enfant entre dans la salle de bain alors que vous vous lavez il va de soi qu’il n’y a rien d’alarmant mais c’est plutôt le fait de « se promener » dans le logement nu qu’on soit adulte ou enfant qui ne doit plus se faire quand l’enfant grandit.
A l’adolescence faut-il accepter que le/la petit(e) ami(e) dorme à la maison ? Le fait que les parents sachent que leur enfant a des relations sexuelles dans la chambre d’à côté est assez impudique. Qu’ils viennent quand les parents sont absents c’est une chose mais la proximité quand tout le monde est réuni en est une autre. Il doit y avoir parfaite étanchéité entre la sexualité des parents et celle des enfants même s’ils savent exactement comment ils ont été conçus. Plutôt que d’en faire des mini nous, des « couples sages » qui font l’amour dans un lit le soir, laissons les développer leur imaginaire pour trouver de l’intimité. laissons leur cultiver leur désir, se découvrir, profiter de la liberté.
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Conclusion
Le problème pour les enfants de nos jours, c’est d’avoir des parents qui cherchent à les distraire en permanence. On part à chaque vacances pour faire passer la pilule des longues journées à la garderie, on les laisse devant les écrans en croyant que ça les occupe alors que ça provoque de l’ennui et on essaie de tout analyser. Si l’enfant a un problème avec un copain d’école, on va voir l’instituteur pour se plaindre du copain. Si l’enfant fait des cauchemars, on l’emmène chez le psychologue. Si l’enfant a besoin de câlins on lui paye un massage en institut, on veut le féliciter on le publie sur les réseaux sociaux. Si l’enfant n’aime pas faire du karaté, on va l’inscrire à l’athlétisme. Au final ces enfants rois sont-ils vraiment heureux en ne trouvant plus aucune limite à leurs envies ? Pas sûr. Ils risquent tout simplement de devenir comme leurs parents, blasés de tout et ne sachant retenir que le négatif de ce qui se passe dans leur vie.
Plus les enfants se rapprochent de la puberté, plus ils ont besoin de trouver de l’opposition et de s’affirmer. En étant des parents trop compréhensifs, on parasite leur construction, on nuit à leur besoin d’identification sexuée. Une trop grande proximité avec la mère, une carence de l’image paternelle ou l’inverse sont autant d’exemples qui peuvent nuire à l’adolescent qui ne sait plus quel sexe il désire vraiment.
Bibliographie
Professeur Marcel Rufo : Tout ce que vous ne devriez jamais savoir sur la sexualité de vos enfants
